« 14 janvier 1871 » [source : MLVH Bièvres, 130-8-LAS-VH 34 a, b et c], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3886, page consultée le 05 mai 2026.
Paris, 14 janvier [18]71, samedi soir, 4 h.
Il n’y a rien de tel que n’avoir rien à faire pour être toujours affairée. J’en sais quelque chose, moi, qui arrive toujours en retard à ma pauvre petite restitus, et pourtant Dieu sait si je t’aime ! Hier c’était la nécessité de se renseigner, le cas échéant, où on pourrait se réfugier contre les obus possibles qui m’a empêchée de te bâcler à la hâte quelques bonnes tendresses toutes chaudes sorties de mon cœur. Aujourd’hui j’arrive en retard et presque à la nuit fermée à mon gribouillis sous prétexte de raccommodage, de vitrier, de Petite Jeanne, de blanchisseuse, de note d’hôtel, le Diable et son train. Enfin m’en voilà quitte non sans peine et sans argent. Je ne dis pas cela pour Jeanne qui est ma joie en ton absence et mon bonheur quand tu es là. J’ai payé la note 697 F. 50 c., le vitrier 4 francs pour un carreau dépoli que j’ai eu la maladresse de casser1. En revanche je t’annonce qu’il restait, outre le billet de mille francs, 300 F. en billets de 50 F. et de 100 F., ce qui porte mon encaisse présente à six cents francs. Ce n’est pas beaucoup sans doute mais c’est encore plus que je ne pensais hier soir. De plus j’ai une bonne petite provision de bois sec qui ne doit rien à personne. Maintenant si tu peux prendre sur toi de limiter tes invitations nous pourrons je l’espère ne pas trop dépassera notre chiffre ordinaire. Voici qu’on m’apporte Petite Jeanne qui me tend ses petits bras. Encore un mot. Je t’aime et je suis à elle tant qu’elle voudra. Il paraît qu’elle est pressée car elle s’impatiente. Je t’adore. Je t’aime. Je te bénis.
1 « Dépense de la semaine au pavillon de Rohan (y compris un carreau cassé 4 frs : 701 frs. 50. » (Victor Hugo, Carnet, 13 janvier 1871).
a « dépassé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo perd son fils Charles et la famille se réfugie en Belgique puis au Luxembourg pendant et après la Commune.
- 8 févrierHugo est élu député.
- 14 février-17 marsIls habitent Bordeaux, où Hugo siège à l’Assemblée Nationale. Hugo loge au 37 rue de la Course.
- 8 marsHugo démissionne après l’invalidation de l’élection de Garibaldi.
- 13 marsMort de Charles Hugo à Bordeaux, d’une apoplexie.
- 18 marsEnterrement de Charles Hugo au Père-Lachaise. Début de la Commune de Paris.
- 21 mars-1er juinÀ Bruxelles, séjour qui se termine par l’expulsion, après l’agression à coup de pierres du domicile de Hugo place des barricades, consécutive à son article, paru le 27 mai dans L’Indépendance belge, où il offrait l’hospitalité aux proscrits de la Commune.
- 1er juin-23 septembreSéjour au Luxembourg.
- 9 octobreHugo emménage 66 rue La Rochefoucauld et Juliette 55 rue Pigalle.
